Le site de Sophia pris dans la tourmante !

par la section CFE-CGC de l’établissement à Sophia de ST-NXP Wireless.
mardi 23 septembre 2008
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Histoire et actualités d’un des plus vieux sites de Sophia-Antipolis pris dans la tourmente de la consolidation mondiale du marché des Semiconducteurs et du Sans Fil.

 L’histoire récente du site de Sophia

Le site de NXP à Sophia-Antipolis est implanté dans la région depuis une vingtaine d’année.
A l’origine, la société VLSI-Technology était une grosse startup spécialisée dans les composants pour la téléphonie.
Elle est rapidement devenue une vraie société internationale et en 1999 VLSI-Technology est rachetée par la division Semiconducteurs du géant de l’électronique et de l’électroménager PHILIPS.
En 2006, PHILIPS se sépare de l’ensemble de sa branche Semiconducteurs. Malgré une implémentation bien européenne, PHILIPS n’aura finalement aucun scrupule à vendre au plus offrant.
On peut donc tenir PHILIPS pour responsable de ce qui arrivera par la suite.
PHILIPS Semiconductors est ainsi revendu à un consortium de fonds privés d’investissement (ou « private equity ») principalement américains et majoritairement détenu par la holding KKR. Cette dernière est réputée depuis les années 80 pour être l’un des fonds privés d’investissement les plus agressifs et les moins humains du marché.
La nouvelle société s’appelle désormais NXP, pour NeXt exPerience
… en espérant que la prochaine expérience ne soit pas la porte !

 La parenthèse « private equity », le début de la fin !

Le principe de ce rachat est une LBO (Leverage-Buy-Out), c’est-à-dire que c’est la société rachetée qui rembourse directement les prêts contractés pour son rachat ! Un petit peu comme si d’un coup un locataire devait en plus de son loyer, rembourser les dettes de son nouveau propriétaire et avoir une nouvelle clause dans son bail permettant à celui-ci de le mettre dehors à tout moment. Le rachat en LBO a donc généralement comme effet une absorption d’une grande partie des actifs de la société ainsi qu’une très grande pression financière et sociale !
Une vente par appartement était donc prévisible, après quelques acquisitions pour habiller un peu la mariée et lui fournir un beau maquillage. De même une réduction importante des effectifs était à prévoir.
C’est ce qui commence à se produire en 2008 à peine deux ans après le rachat.
Les prémices s’étaient faits sentir en 2007 au cours de la vente d’une activité à la société DSP Group. Celle-ci a tout simplement licencié tout le personnel en France peu de temps après ce rachat, soit une cinquantaine de personnes.
Pour en revenir à l’histoire du début de la fin, dans un premier temps, et après avoir racheté de petites entreprises ayant des activités complémentaires dans le Sans Fil comme le GPS, les mobiles 2G d’entrée de gamme et la RF intégrée, NXP vends une de ses principales activité : la branche Sans Fil (mobile, bluetooth, GPS, etc).
Dans un deuxième temps, NXP annonce ensuite des réductions d’effectifs drastiques dans les branches restantes.
Ces mesures sont accélérées par :
-  l’énorme pression financière pour rembourser les dettes des acheteurs qui pompe la liquidité de l’entreprise nécessaire à son développement naturel.
-  la situation actuelle des semiconducteurs qui se tend et va vers de plus en plus de concentration. On peut faire la comparaison avec ce qui s’est produit il y a quelques décennies dans le secteur de l’automobile.
Cette tension du marché cumulée avec l’effet LBO, il est normal que des rumeurs récurrentes apparaissent sur le manque de trésorerie et de financement de NXP.
-  les acquisitions qui ont créé des doublons comme l’activité set-top-box de Conexant
-  le fait que l’activité Sans Fil ait été revendue avec peu de support (support informatique, administration et service généraux)
-  le fait que l’activité Sans Fil ait été revendue sans les groupes fournisseurs d’IP génériques qui travaillaient en grande partie pour elle. Ces groupes sont principalement situés aux Pays-Bas.
-  et la volonté de plus en plus grande de coller à un modèle d’entreprise dit « fabless », c’est-à-dire sans usine de production, d’où la décision de NXP de fermer ou de vendre quatre de ses usines.


 Le site de Sophia avant les dernières annonces, le début des grandes manœuvres !

Fin avril 2008, NXP annonce la vente partielle de son activité sans fil au travers d’une société commune créée avec STMicroelectronics (ou plus simplement ST) qui sera détenue à 80% par STMicroelectronics et 20% par NXP, avec différentes options de rachat possibles des 20% de NXP par STMicroelectronics.
Du côté de NXP, après la vente du Sans Fil, la situation est assez critique du fait de ce qui est exposé plus haut.
Cela se confirme hélas en ce mois de septembre où NXP annonce au niveau mondial la suppression de 4500 emplois.

Par contre, pour l’ensemble des partenaires sociaux du côté du domaine du Sans Fil, le rachat par STMicroelectronics est plutôt bien accueillie pour plusieurs raison :
-  cette opération est pour tout le monde plus un rachat que la création d’une entreprise commune. Cela se confirmera fin août lorsque ST annoncera qu’elle va rapidement exercer l’option de rachat des 20% restant.
-  STMicroelectronics est un des rares acteurs du domaine à garder une vraie culture industrielle.
C’est clairement l’inverse de la culture d’un fond privé d’investissement tel que KKR
-  tout rapprochement crée forcément son lot de doublons, mais il est rare que deux entreprises, lors de ce genre d’opération, en aient aussi peu et soient aussi complémentaires.
-  c’est un leader mondial et un leader incontesté en Europe
-  c’est une entreprise bien européenne et beaucoup d’analystes pensent que l’Europe veut son indépendance et une bonne place dans ce domaine clef pour les nouvelles technologies
-  le capital est principalement franco-italien. Les états Français et Italien y ont d’ailleurs des intérêts certains et ils ont toujours regardé de près ce qui s’y faisait, aussi bien industriellement que socialement
-  sur Sophia, depuis VLSI Technology, STMicroelectronics avait toujours été vu comme un des repreneurs les plus adéquates. Certains en parlaient même comme du « chevalier blanc ».

Petites mise au point du bateau, avant de reprendre de la vitesse
En local, la procédure de rachat a cependant créé quelques tensions sociales notamment sur ses modalités d’application sur le site de Sophia. En effet, c’est un des rares sites en France, qui se retrouvait coupé en deux et dont la partie restante dans NXP serait assez petite et pourrait donc avoir un problème de masse critique. D’autre part, le périmètre de ce qui dépendait de l’activité Sans Fil ou n’en dépendait pas a été sujet à controverse entre la direction et les représentants du personnel.
Le plan initial prévoyait un peu plus de 270 salariés en CDI dans la nouvelle structure dénommée ST-NXP Wireless et plus de 60 qui resteraient dans NXP Semiconductors.
Une solution à la controverse est finalement trouvée après l’intervention directe du président de NXP France et grâce l’aide du management opérationnel de l’activité Sans Fil. Cette solution a deux volets distincts.
Tout d’abord, un groupe de 20 ingénieurs est réintégré quasi-immédiatement dans la nouvelle entreprise. Avec un petit bémol qui est que cette réintégration laisse sur le carreau le manager et l’assistante du groupe. Au regard des crières à respecter pour des mutations de type L122.12 (anc. code du travail), ceci pourrait paraitre comme discriminant. On espère que cette situation exceptionnelle sera prise en compte pour le cas du manager. C’est aussi ce que l’on espère que pour l’assistante, avec en plus l’espoir d’une réintégration … tôt ou tard.
Le deuxième volet consiste en la parole donnée par le président de NXP France qu’un groupe d’une dizaine de salariés aurait une très forte probabilité d’être en partie réintégré, mais dans un deuxième temps. Cette promesse du président de NXP France semble se concrétiser avec la réintégration de l’ensemble du groupe qui serait prévue début octobre.

Finalement, le site de Sophia est scindé en deux entités : un peu plus de 300 salariés en CDI côté ST-NXP Wireless et un peu plus d’une trentaine côté NXP France, auxquels s’ajoutent une dizaine de salariés en contrat de courte durée.
Cette solution en deux volets a été élaborée en collaboration avec les représentants du personnel, qui n’ont pas forcément tous la même appartenance syndicale ou même aucune appartenance.
Un petit peu d’autosatisfaction ne faisant pas de mal, cette parenthèse a clairement démontré, au travers de l’action de la section CFE-CGC, l’intérêt d’un syndicat moderne, organisé et progressif, qui est fort, représentatif et non-dogmatique. Un syndicat qui n’oublie jamais, ni l’intérêt des salariés, ni l’intérêt de l’entreprise, car justement de la bonne santé de l’entreprise dépend l’avenir des salariés et la pérennité de leurs emplois.

 Les dernières annonces : le scénario se précise

En période de consolidation les choses vont très vite et les annonces se succèdent.
A peine 20 jours après la finalisation du deal entre ST et NXP qui se concrétise par le transfert effectif des salariés, ST annonce qu’elle crée une vraie société commune ou JV (pour Joint Venture) avec Ericsson.
C’est à cette occasion que ST annonce qu’elle va racheter les 20% encore détenus par NXP dans ST-NXP Wireless. La société ST renforce ainsi sa position de troisième sur le marché mondiale des semiconducteurs et du Sans Fil, elle augmente sa capacité à concurrencer les deux premiers que sont TI (Texas Instrument) et Qualcomm et elle distance un peu plus les (pour)suivants. En termes de statuts sociaux, ceci devrait avoir peu d’impact pour l’ensemble des salariés car Ericsson n’a qu’une vingtaine d’employés en France. Reste à unifier rapidement les statuts collectifs de NXP et ST, en espérant que la culture d’entreprise évoluera aussi vite.

Quelques semaines après, mi-septembre, NXP annonce une importante restructuration qui l’amènera à réduire de 15% ses effectifs, soit la suppression de 4500 postes dans le monde. Les deux-tiers par la fermeture ou la vente de quatre usines de fabrications et le tiers restant sur les sites de R&D. Tous les pays seront touchés. Pendant un temps, a couru la rumeur que NXP fermerait NXP France. La rumeur mentionnée dans un journal qui mentionne près de 150 postes sur le site d’EffiScience à Caen parait plus plausible. Avec la fermeture ou la vente de Côte-de-Nacre à Caen (330 salariés) et certaines des réductions sur les petits sites restants comme Suresnes et Sophia, NXP serait alors amené à réduire environ de 500 ses effectifs sur plus de 1200 salariés qu’elle a encore en France. Ces chiffres sont à prendre avec une grande réserve car aucun chiffre officiel n’a été confirmé en France et ce ne sont pour l’instant que des projections.
// Derniers updates (non-diffusé) : il y aurait 280 postes supprimés à Côte de Nacres et 91 à EffiScience.


 Des craintes légitimes pour le site de Sophia

Pour les salariés de NXP Sophia, si une dizaine de salariés réintègre bien comme prévu et promis la JV avec ST, il restera une trentaine de salariés en CDI.
Seul le tiers de ces effectifs, soit une dizaine, serait dans le périmètre de la réorganisation mais il est difficile de dire pour l’instant si tout ou partie de ces emplois seront finalement supprimés. Une petite partie de ceux qui restent devrait être concernée par une deuxième opération de vente qui, si on ne sait si elle se précise, est en tout cas espérée. Il reste donc une dizaine de salariés travaillant dans un domaine qui est potentiellement à haute valeur ajoutée comme les applications RF-ID. Ceux-ci ont tout intérêt à déménager dans une structure la plus légère possible, qui cumulée avec des effectifs assez jeunes leur permettra d’avoir un coût par tête assez bas pour qu’il ne soit pas « intéressant » de les supprimer plus tard malgré un éventuel problème de masse critique.
// Derniers updates (non-diffusé) : il y aurait 12 à Suresnes supprimés à Sophia et 6 postes à Sophia dont une partie risquent de finir en litige suite aux conditions de transfert sur Sophia.

Pour le reste du site de Sophia, au sein de ST-NXP Wireless l’avenir ne semble finalement pas si rose.
Tout d’abord, le « chevalier blanc » est un peu « crotté ». Ainsi, ST est aussi touché par la crise du semiconducteur. Elle est elle-même en pleine restructuration et commence la mutation nécessaire pour traverser la phase de consolidation en cours du marché du Semiconducteur et du Sans Fil.

Les quelques doublons existants entre NXP et ST pourraient quelque peu affecter Sophia. L’activité connectivity (bluetooth, FM, GPS, etc) reste ainsi fragile même si la situation semble pour l’instant stabilisée.
Les différentes fusions et acquisitions de 1999 jusqu’à 2007 ont aussi créé de la concurrence entre anciens et nouveaux sites et ainsi générer quelques tensions intersites.
Le rapprochement entre ST-NXP Wireless et « Ericsson Mobile Platform » posera quand à lui beaucoup plus de problèmes. Tout d’abord, même si les comptes et les effectifs de l’entreprise commune seront consolidés par ST, c’est une entreprise commune détenue à 50% par chaque partie. Certains arbitrages pourraient donc être assez douloureux. Ensuite, il y aura beaucoup plus de doublons et l’on sait que le vrai défi et le vrai risque dans ce genre de fusion est la capacité des entreprises à rebondir et à gérer les doublons créés.
Comme écrit dans un quotidien international à propos de ces opérations, en économie 1+1+1 ne fait pas 3 !

 Nouveau départ ?

Est-ce la fin programmée d’une belle histoire à Sophia ? Nul ne peut pour l’instant le dire.
C’est en tous cas une page qui se tourne et l’avenir du site Sophia dépendra de sa capacité à promouvoir son implantation dans la « telecom valley » et de sa capacité à démontrer le haut niveau de ses experts.
Si on leur donne cette chance, cet avenir dépendra aussi du dynamisme et de la célérité avec laquelle le site de Sophia et ses salariés se repositionneront pour coller aux besoins de la nouvelle entreprise et du marché du Sans Fil.
Le regroupement mi-2009 des activités de ST-NXP Wireless à Sophia, dans le nouveau site dénommé Dyapason, devrait intervenir peu de temps après la finalisation du deal entre ST et Ericsson, qui lui-même devrait intervenir peu de temps après la convergence des statuts collectifs de ST-NXP Wireless et de STMicroelectronics.
Ce sera l’occasion d’un nouveau départ ou peut-être même une renaissance !

D’autres opérations dans le domaine en pleine mutation du Semiconducteur et du Sans Fil ne vont certainement pas tarder. Après plusieurs opérations successives d’envergure et pas uniquement dans le Sans Fil, la société STMicroelectronics va-telle s’en tenir là ?
Cela parait peu probable.
Par ailleurs, TI et Qualcomm, les deux principaux leaders ne vont certainement pas rester sans réagir. De même, que vont certainement aussi réagir les entreprises de plus petites tailles qui se retrouvent de plus en plus distancées telles qu’Infineon ou même le nouveau NXP Semiconductors. Ces deux sociétés sont d’ailleurs actuellement en pleine réorganisation et restructuration de leurs effectifs.

Dans la haute technologie, la clef du succès réside dans la capacité à innover et à s’adapter aux changements.


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